Fin des taux fixes?

Bonjour,

Je viens d'entendre parler que la réglementation Bâle III pourrait contraindre la France de mettre fin aux crédits à taux fixes.

En France contrairement à d'autres pays européens ou aux USA, l'écrasante majorité (99%) des crédits immobiliers sont à faux fixes. Leur durée est souvent de 20 à 25 ans. Cela est avantageux pour les particuliers car évitent un risque de défaut en cas de montée des taux mais créer un risque pour les banques notamment quand la banque central relève des taux. Les banques devront d'avantages avoir de fonds propres pour couvrir ce risque sur les emprunt longs à taux fixe.
Trois options sont possibles pour réduire le risque pour les banques : moins de prêts, des taux plus élevés ou des crédits à taux variables.
Nota : en France il y a des taux variables avec des bornes maximales et minimales pour éviter les risques extrêmes des deux côtés (particuliers ou banques).

Cela pourrait je pense faire baisser le prix de l'immobilier ce qui avantagerait des ménages mais desavantageraient ce qui comptaient vendre pour récupérer de l'argent (notamment les retraités à faibles revenus). Enfin pour le moment les prix immobilier ont peu baissés mais la question de faut-il vendre son appartement, sa maison ou faut-il acheter va se poser sérieusement mais le problème c'est qu'il y a actuellement des tensions sur les marchés de la location.
Nota : en 2015 plusieurs communes ont été victimes des emprunts toxiques (prêts à taux variables) lorsque le plancher francs suisse sur euro à céder brutalement.

Source :

Bonjour @AdrienP,

C'est un sujet intéressant et je me suis donc penché sur la question.

Votre inquiétude repose sur un véritable débat prudentiel, mais parler d’une « fin des crédits immobiliers à taux fixe » paraît, à ce stade, un peu excessif. :wink:

En juillet 2026, aucun texte européen ou français ne prévoit d’interdire aux banques de proposer des prêts immobiliers à taux fixe. Certes, les nouvelles règles peuvent rendre certains financements plus coûteux en fonds propres ou en couverture, mais elles ne contraignent pas juridiquement les banques à passer au taux variable.

Il faut distinguer Bâle III du risque de taux bancaire

Deux sujets différents sont souvent regroupés sous l’expression « Bâle III ».

Le premier concerne la finalisation de Bâle III, transposée dans l’Union européenne par le règlement CRR3. Ce texte modifie notamment le calcul des actifs pondérés par les risques et introduit un « output floor » : les banques utilisant leurs propres modèles ne peuvent plus calculer des exigences en fonds propres trop éloignées de celles résultant de la méthode standard. Le dispositif s’applique progressivement depuis le 1er janvier 2025. Le plancher est de 55 % en 2026 et doit atteindre 72,5 % en 2030.

Le second sujet est le risque de taux du portefeuille bancaire, appelé IRRBB. Il mesure les conséquences d’une variation des taux sur la valeur économique de la banque et sur sa marge d’intérêt. L’Autorité bancaire européenne a renforcé la surveillance de ce risque, mais elle précisait encore en janvier 2026 que son dernier rapport n’introduisait aucune nouvelle exigence réglementaire.

Ces règles peuvent peser sur le modèle français, mais elles n’ont pas pour objet de déterminer si le prêt proposé au client doit être fixe ou variable.

L’« output floor » ne pénalise pas spécifiquement le taux fixe

Le risque de crédit et le risque de taux sont deux notions distinctes.

Pour calculer les fonds propres nécessaires au titre du risque de crédit immobilier, les principaux critères sont notamment :

  • la probabilité de défaut de l’emprunteur ;

  • la perte probable en cas de défaut ;

  • le rapport entre le montant du crédit et la valeur du logement ;

  • la qualité de la garantie ;

  • la méthode de calcul utilisée par la banque.

Le fait que le prêt soit à taux fixe ou variable ne constitue pas, à lui seul, le facteur principal du calcul de ce risque de crédit. Le nouveau cadre peut néanmoins augmenter les actifs pondérés de certaines banques françaises, car leurs modèles internes produisaient jusqu’ici des pondérations très faibles, cohérentes avec la faible sinistralité observée sur les crédits immobiliers français.

Pour limiter un effet trop brutal, la France a d’ailleurs activé une mesure transitoire spécifique à l’immobilier résidentiel. Sous certaines conditions, elle permet jusqu’en 2032 de réduire les pondérations utilisées pour calculer l’output floor.

Il existe donc un risque de hausse des besoins en capital, mais aussi plusieurs mécanismes d’amortissement. On est loin d’une obligation immédiate de supprimer les taux fixes.

Pourquoi le taux fixe crée-t-il malgré tout un risque pour la banque ?

Lorsqu’une banque prête à 3 % pendant vingt-cinq ans, elle s’engage à percevoir ce taux même si son propre coût de financement augmente ensuite.

Mais elle ne finance généralement pas un prêt de vingt-cinq ans en renouvelant chaque jour la totalité des fonds nécessaires au taux de la BCE. Elle utilise différentes ressources :

  • les dépôts de ses clients ;

  • des émissions obligataires ;

  • des obligations sécurisées ;

  • des emprunts de différentes maturités ;

  • des opérations de titrisation ;

  • des instruments de couverture tels que les swaps de taux.

Un swap permet notamment d’échanger un flux à taux fixe contre un flux à taux variable. Le taux des nouveaux crédits immobiliers évolue ainsi davantage en fonction des taux de marché à moyen et long terme — notamment les taux de swap — qu’en fonction du seul taux directeur à très court terme de la BCE.

Le principal risque provient donc d’un décalage entre :

  • la durée et le taux des crédits accordés ;

  • la stabilité des dépôts ;

  • le coût des ressources de la banque ;

  • les couvertures mises en place ;

  • le comportement des emprunteurs.

La banque doit aussi gérer un risque asymétrique. Lorsque les taux augmentent, les emprunteurs conservent leur ancien crédit peu coûteux. Lorsqu’ils baissent, ils peuvent tenter de le renégocier, le faire racheter ou le rembourser par anticipation.

Pourquoi les dépôts à vue sont-ils au centre du débat ?

Les banques françaises financent une partie de leurs crédits longs grâce à des dépôts qui n’ont pas d’échéance contractuelle. Juridiquement, l’argent d’un compte courant peut être retiré rapidement. Dans les faits, une part importante de ces dépôts reste stable pendant de nombreuses années.

Les banques utilisent donc des modèles statistiques pour attribuer une durée comportementale à cette ressource. Si le régulateur leur impose de retenir une durée beaucoup plus courte, le financement des prêts longs à taux fixe apparaît plus risqué. Elles doivent alors se couvrir davantage ou recourir à des ressources longues plus coûteuses.

La Fédération bancaire française critique précisément le plafonnement de la maturité attribuée aux dépôts à vue, qu’elle considère comme défavorable au financement immobilier français. Mais il s’agit de la position d’un représentant du secteur bancaire dans un débat réglementaire, et non de l’annonce officielle d’une suppression des prêts à taux fixe.

Quelles seraient les conséquences les plus vraisemblables ?

Si le coût prudentiel ou le coût de couverture des prêts fixes augmente, les banques disposent de plusieurs options avant de les supprimer.

Elles peuvent notamment :

  1. augmenter légèrement les taux proposés sur les nouveaux crédits ;

  2. réduire les remises commerciales ;

  3. sélectionner davantage les dossiers ;

  4. demander plus d’apport ou de garanties ;

  5. augmenter le recours aux obligations sécurisées et aux ressources longues ;

  6. couvrir davantage leur risque avec des instruments financiers ;

  7. céder ou titriser une partie des crédits ;

  8. proposer davantage de taux mixtes ou révisables plafonnés.

Le développement des taux variables constitue donc une possibilité, mais ce n’est ni la seule ni nécessairement la plus probable.

La Banque de France constatait encore que les crédits à taux variable ne représentaient que 4 % des nouveaux prêts immobiliers français en mai 2025, contre 14 % dans l’ensemble de la zone euro. L’ACPR évaluait quant à elle à 98,5 % la part des crédits à taux fixe dans les encours français en 2024.

Début 2026, la Fédération bancaire française continuait d’ailleurs à présenter les prêts longs à taux fixe comme un élément central du modèle français, et non comme un produit appelé à disparaître à brève échéance.

Les crédits fixes déjà signés ne seraient pas transformés en crédits variables

Même en cas d’évolution de la réglementation prudentielle, une banque ne pourrait pas simplement convertir un prêt à taux fixe existant en prêt à taux variable.

Le taux et ses conditions d’évolution sont déterminés par le contrat signé. Un taux ne peut varier en cours de remboursement que si le contrat prévoit une formule de révision fondée sur un indice de référence. Un crédit présenté comme fixe permet précisément à l’emprunteur de connaître son taux et, en principe, ses mensualités sur la durée prévue.

Les éventuelles conséquences réglementaires concerneraient donc surtout les conditions des nouveaux prêts, pas les mensualités des crédits fixes déjà en cours.

L’effet sur les prix immobiliers n’est pas mécanique

Une augmentation durable du coût du crédit réduit la capacité d’emprunt des ménages. Toutes choses égales par ailleurs, cela exerce une pression à la baisse sur les prix.

Mais les prix immobiliers dépendent aussi :

  • des revenus des ménages ;

  • de l’évolution des taux de marché ;

  • du nombre de logements proposés à la vente ;

  • du coût de la construction ;

  • de la démographie locale ;

  • de l’attractivité des territoires ;

  • de la fiscalité ;

  • de la pénurie de logements locatifs.

Une banque peut par ailleurs compenser une hausse des exigences prudentielles par une marge légèrement plus élevée sans provoquer un basculement massif vers les taux variables.

Il serait donc hasardeux de décider de vendre ou d’acheter uniquement à partir de cette rumeur. Les indicateurs à surveiller sont plutôt l’évolution effective des barèmes bancaires, le volume de crédits accordés, les taux de refus, la part des prêts variables et la capacité d’emprunt des ménages.

Les emprunts toxiques des collectivités étaient très différents

La comparaison avec les emprunts toxiques contractés par certaines collectivités permet d’illustrer les dangers d’un taux mal encadré, mais ces produits étaient très éloignés d’un crédit immobilier révisable classique.

Il ne s’agissait pas simplement de prêts indexés sur l’Euribor avec un plafond et un plancher. Certains étaient des emprunts structurés comportant des formules complexes liées à l’évolution de devises étrangères, notamment la parité entre l’euro et le franc suisse.

Lorsque la Banque nationale suisse a abandonné le cours plancher de 1,20 franc suisse pour un euro le 15 janvier 2015, les taux de certains emprunts ont dépassé 20 %. L’État a dû renforcer le fonds destiné à aider les collectivités à sortir de ces contrats.

Un crédit immobilier à taux variable capé à plus ou moins un ou deux points ne présente pas le même niveau de risque. Le plafond contractuel limite l’augmentation possible du taux, même si l’emprunteur reste moins protégé qu’avec un véritable taux fixe.

Pour conclure, le risque évoqué n’est pas totalement imaginaire : l’output floor, la surveillance du risque de taux et un traitement plus conservateur des dépôts peuvent renchérir le financement immobilier à taux fixe.

En revanche, il n’existe actuellement :

  • aucune interdiction du taux fixe ;

  • aucune décision imposant à la France de passer au taux variable ;

  • aucune possibilité de transformer unilatéralement les crédits fixes déjà signés ;

  • aucune certitude quant à une baisse généralisée des prix immobiliers.

Le scénario le plus crédible serait d’abord une adaptation progressive des tarifs, des marges, des critères d’octroi et des techniques de refinancement. Une augmentation sensible des crédits variables ne deviendrait probable que si les règles rendaient durablement le taux fixe beaucoup plus coûteux que les autres solutions, ce qui n’est pas démontré à ce stade.

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Vu du côté investisseur locatif, ce qui compte surtout c'est pas tant fixe vs variable, mais le niveau des taux et les critères d'octroi. Les banques traitent déjà les dossiers investissement plus strictement que les RP, donc si elles durcissent leurs conditions, on sera logiquement les premiers impactés.

Mais si ça tire les prix vers le bas, ça peut aussi créer des opportunités pour ceux qui cherchent à acheter. Le vrai sujet dans le locatif c'est le spread entre rendement et coût du crédit, et ça varie beaucoup selon les marchés.

À surveiller, mais rien qui justifie de paniquer pour l'instant.

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Merci pour vos retours bien complets.
Concernant les crédits effectivement j'ai entendu parlé qu'il fallait plus de garanti en investissement ou pour des locaux professionnels.

Sinon effectivement les taux d'intérêts comptent beaucoup. Il est dommage que les prix augmentent quand les taux baissent mais c'est logique.
Le mieux est d'acheter quand les prix sont au plus bas et que les taux sont élevés mais bientôt prêt à baisser de telle sorte à racheter son crédit par un autre bien moins cher après.