Bonjour @Aline,
Désolé pour le délai de réponse mais je voulais prendre le temps de bien argumenter :
Ce type de placement présente en effet d’autres inconvénients que la seule faible liquidité.
Le premier point à avoir en tête, c’est que la stabilité affichée peut être trompeuse. Comme les actifs ne sont pas cotés en continu, leur valorisation est moins fréquente et moins “visible” que sur des actions ou obligations classiques. Cela donne souvent une impression de volatilité faible, alors que le risque économique existe bien. L’AMF souligne d’ailleurs que les performances des fonds non cotés distribués aux particuliers sont très variables selon les structures, les frais et les modalités de rachat.
Dans les exemples que vous citez, les profils ne sont pas tout à fait identiques :
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Tikehau Financement Décarbonation est principalement exposé à la dette privée d’entreprises liées à la décarbonation. Sa documentation mentionne notamment un horizon de placement recommandé de 8 ans, un objectif indicatif de TRI net de 5 à 6 %, ainsi que des risques explicites de perte en capital, de crédit et de dette subordonnée.
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Eiffel Infrastructures Vertes est davantage orienté vers des actifs d’infrastructures liés à la transition énergétique. La documentation commerciale indique une durée de placement recommandée de 5 ans, tout en précisant selon les supports de commercialisation que le blocage peut être plus long en pratique.
Au-delà de l’illiquidité, voici les principaux inconvénients à surveiller.
1. Le risque de perte en capital
Ce point est fondamental. Même si le fonds investit dans des actifs tangibles ou dans des entreprises financées sur des thématiques porteuses, le capital n’est pas garanti. Une dégradation de la rentabilité des projets, des défauts d’emprunteurs ou une hausse durable des taux peuvent peser sur la valeur du fonds.
2. Les frais peuvent être élevés
Sur ce type de produit, il faut regarder non seulement les frais de gestion du fonds, mais aussi les éventuels frais de surperformance, les frais liés à l’enveloppe de détention, par exemple en assurance-vie, et parfois des frais de sortie. Ces frais peuvent réduire sensiblement la performance nette réellement perçue par l’investisseur. L’AMF recommande précisément d’être vigilant sur ce point pour les fonds non cotés.
3. Le risque de valorisation
La valeur liquidative n’est pas déterminée comme sur un marché coté. Elle repose sur des méthodes d’évaluation, des hypothèses, et parfois des transactions comparables. En pratique, cela peut lisser les variations à court terme, mais cela ne supprime pas le risque réel.
4. Le risque de crédit
C’est particulièrement important pour un fonds comme Tikehau Financement Décarbonation, qui finance des entreprises sous forme de dette privée. Si certaines sociétés remboursent mal ou font défaut, le rendement du fonds peut être affecté, voire le capital entamé.
5. Le risque de concentration sectorielle
Même lorsqu’un fonds détient plusieurs lignes, il reste souvent concentré sur un univers précis : transition énergétique, infrastructures vertes, financement de la décarbonation, dette privée européenne, etc. Si un secteur traverse une phase difficile, l’ensemble du fonds peut en souffrir.
6. Une durée réelle parfois plus longue que prévu
La durée “recommandée” ne signifie pas forcément que vous pourrez récupérer vos fonds exactement à cette échéance dans de bonnes conditions. L’AMF a déjà encadré davantage la fin de vie de certains fonds de capital-investissement, justement parce que ce sujet peut poser difficulté.
7. Une liquidité encadrée, mais pas toujours garantie
Même pour des formats plus souples, les rachats peuvent être limités, différés ou réalisés dans de moins bonnes conditions si le marché sous-jacent est tendu. L’AMF rappelle qu’un actif peu liquide peut devoir être cédé avec décote ou être difficile à vendre rapidement.
En pratique, ce type de placement peut avoir du sens dans une logique de diversification patrimoniale de long terme, à condition de ne pas y consacrer une part trop importante de votre épargne disponible. Il faut aussi être attentif à la manière dont le fonds est logé, notamment en assurance-vie, car les règles de sortie et la couche supplémentaire de frais peuvent changer sensiblement l’intérêt du placement.
Tout comme la fiscalité.
Sur votre question concernant les retours d’expérience, ce sont des FCPR. Je n’en ai jamais acheté mais j’en ai « vendu » à des clients lorsque j’étais banquier. Le devoir de conseil sur ce type de produit est très important des deux côtés : pour les clients afin qu’ils sachent précisément dans quoi ils investissent. Et pour les conseillers pour éviter les déceptions si cela se passe mal…
Et le principal « problème » que mes anciens clients ont pu rencontrer est sur le respect des délais. Par exemple, un fonds avec un horizon de placement recommandé de 5 ans qui est liquidé au bout de 8 ans, voire plus.
Et accessoirement, le niveau de frais de ce type de fonds :
- Pour le fonds Eiffel : 2,25% par an de frais de gestion (!)
- Pour Tikehau : 1,50% HT/an + commission liée aux résultats + commission de surperformance de 12,50% (!).
Sans oublier les frais des contrats accueillants ces fonds, ici des assurances-vie.
Bref, ces fonds peuvent être pertinents si vous souhaitez diversifier une épargne déjà bien constituée. Mais je trouve personnellement les frais un peu prohibitifs…