Pas vendu, pas perdu, vraiment?

Bonjour Adrien,

Il y a une subtilité importante dans les casinos. Ils ne sont pas toujours gagnants, en fait ils ne jouent pas, ils prennent leur commission, et ils s’arrangent pour ne pas s’exposer au risque, n’être jamais perdants.

La chasse aux stops est un mythe, je le confirme, ce qui existe est le pétage de stops, et des stratégies gagnantes pour ceux qui savent les détecter et les mettre à profit. En revanche, essayer de les provoquer serait une prise de risque, donc un opérateur sensé ne s’y livre pas. Comment alors les hedge funds et banques rincent-ils les particuliers ? Un peu comme s’y prendrait un institut météo si on faisait des paris sur la vitesse du vent : ils ont des modèles et des mesures qui leur disent quel est le biais probable, informations trop complexes à collecter et analyser pour le petit intervenant. Au blackjack, on dirait qu’ils savent sans difficulté si le sabot est chaud ou s’il est froid quand le petit joueur n’en a qu’une vague idée (comme la différence entre la prévision météo du vent par le modèle de Météofrance et celle du particulier qui a tapoté son baromètre).

Comment ça marche ? Prenons l’exemple des devises et du “stop loss à -20X et mettre son TP1 à +20X, TP2 à +40X et TP3 ouvert” que vous évoquiez l‘autre jour. Si la stratégie était gagnante, alors celui qui joue en joue la paire de monnaies en sens opposé avec la même stratégie serait gagnant lui aussi, ce qui est impossible puisqu’il faut que l’un perde pour que l’autre gagne. Donc, ce qui va déterminer l’issue de la stratégie est la valeur de X et le moment où vous entrez. Pour le modélisateur, ceci sera caractérisé par les valeurs instantanées de la volatilité et du biais du random walk, avec certains couples, vous saurez que votre espérance de gain est positive, que vous pouvez investir, avec d’autres que vous devez rester à l’écart et que c’est votre adversaire qui peut investir. Vous pouvez bien entendu vous renseigner le biais et la volatilité du marché à l’instant t, mais ça ne vous rien sur ce qu’ils seront pendant votre trade. Les hedge funds et les banques, en revanche, ont des modèles qui permettent de reconnaître avec une probabilité supérieure à 50% l’arrivée d’un cas favorable. Donc vous serez ratissé.

Le fait que certains utilisent les marchés pour se couvrir n’y change rien. Se couvrir à un coût qui reflète le risque qu’on cherche à parer. Personne n’est prêt à payer plus cher. Ne vous y trompez pas non plus, ceux qui se couvrent le font contre de grandes variations relativement rares, ceux qui les couvrent doivent être en mesure de supporter ces grandes variations. Ca n’est pas parce qu’on gagne beaucoup de petites sommes que l’espérance de perte est nulle, c’est quand les nombreux petits gains compensent les rares grosses pertes… Cela permet de gagner pendant 3 ans avec de “petits” gains et de sauter quand on se croit un caïd après 3 ans de réussite.

Vous avez effectivement des fluctuations signes d’inefficiences éphémères. Mais comme vous dites, entre une panique “technique” qui sera vite compensée et une panique fondamentale qui sera amplifiée encore par la suite, comment savoir ?

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Bonsoir et merci Michel pour ce décryptage.

Votre analyse sur l’asymétrie d’information et la distinction entre “chasse” et “pétage” de stops est très juste ; on est effectivement sur une guerre de modèles statistiques où le particulier essaie de prévoir la météo avec un baromètre à aiguille.

Concernant le risque de «sauter en plein vol» après des années de gains réguliers, votre avertissement résonne fort: je pense immédiatement à l’épisode du CHF en janvier 2015 : le genre de “cygne noir” qui a pulvérisé des comptes (et même des courtiers) en quelques secondes, prouvant que l’espérance de gain peut être positive pendant 1000 jours et devenir «infiniment» négative le 1001ème.

C’est bien là toute la difficulté : différencier le bruit technique d’un changement de paradigme fondamental avant qu’il ne soit trop tard.

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Bonjour,

Au vu des circonstances, je me pose vraiment la question de vendre LVMH pour du Nvidia.

La raison ?

LVMH ne fait que chuter et la succession de Bernard Arnault n’est toujours pas clair ce qui ajoute un risque important de gouvernance associer au fait que la Chine est dans une sorte de guerre froide avec les États-Unis LVMH notamment avec ses deux marchés. Si elle devait choisir, cela aurait réduirait presque de moitié les bénéfices d’après ce que j’ai pu comprendre. Certains ont vendu LVMH pour saisir des opportunités sur la tech comme Nvidia ou Samsung.

Ceci dit acter la moins value sur LVMH sur le PEA cristallise la perte alors que sur le CTO il y a possibilité d’avoir une déduction avec la moins-value des impôts sur la plus-value.

Je vais continuer de réfléchir.

Bonjour Adrien,

Perso, j’attends la fin du mois et la visite de Trump à Pékin pour décider ce que je fais de mes LVMH.

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Sage décision.

En tout cas rarement LVMH a eu une si grosse chute.

Espérons que les tensions s’apaisent.

Pour ce qui est du risque d’invasion de Taiwan par la Chine j’ai eu deux sons de cloches différents entre les médias français qui disent que l’on a ce risque là et certaines personnes qui disent que Taiwan est pris de l’immobilier n’ont pas chuté (sous-entendant que cerise serait bien plus faible que ce que les médias laissent penser).

De mes voyages en Chine, j’ai toujours retiré que la Chine estimait que Taiwan finirait chinoise, mais que rien ne pressait, ils ont l’éternité devant eux. Donc tant que les USA ou le Japon, ou les Taïwanais, ne compromettent pas la réunification, ce sera business as usual comme depuis plus de 30 ans (ma première visite en 1991)et pour 30 ans encore, jusqu’à ce que les différences entre Taïwan et la Chine se soient suffisamment estompées pour que personne ne fasse une affaire de la concrétisation de la chose. Bien sûr, à chaque soubresaut les médias prédisent le pire. Avez-vous déjà vu des Chinois marchander entre eux ? Pour nous, on a l’impression que le sang va couler avant la fin. Et puis d’un seul coup, on s’aperçoit qu’ils sont tombés d’accord et que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. En cela, Trump est comme un vrai Chinois. Donc à mon avis, le risque est infiniment moindre que ne le disent les médias français.

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Je confirme, pour Pékin et les chinois en général, Taïwan est chinoise, point barre.

Xi Jinping en a fait un cheval de “bataille” depuis des décennies : réunifier la Chine. Je mets bataille entre parenthèses car comme l’a très justement souligné MichelO, la Chine préfère toujours la négociation et l’influence plutôt que la guerre.

Les médias occidentaux adorent faire du sensationnalisme dès que ça bouge dans la région. Mais actuellement, le plus grand “risque” est le Japon. Avec la première ministre clairement anti-Chine. Quand on connaît le passé entre la Chine et le Japon, notamment les massacres/génocides de Chinois et Coréens par l’empire japonais…

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Petit article vu ce matin d’ailleurs : Les déclarations de Sanae Takaichi sur Taïwan crispent les visiteurs chinois au Japon: leur nombre a chuté de 45% sur un an en février malgré le Nouvel An lunaire

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Je n’avais jamais fait attention aux relations Chine-Japon et je n’avais pas connaissance ce génocide contrairement à d’autres qui ont lieu ou qui se sont produits par le passé). Après c’est sans doute qu’on en parle moins chez nous (alors qu’en Arménie la situation passée est bien connue).

L’éducation, les médias et les réseaux sociaux participent beaucoup à notre éducation. On pourrait presque mettre en place des cours d’éducation financières dans l’enseignement secondaire, je pense que c’est un levier positif à long terme.

Niveau autonomie Taïwan est chinois mais un peu plus automne que Hong Kong bien que ce dernier semble plus libéral?

Dans l’article on voit que le yen a perdu de la valeur, certains parient sur cela et les touristes en profitent. Après si les taux directeurs montent (nota : les taux sont actuellement très bas), les investisseurs et les marchés risquent de ne pas apprécier.

À voir le risque de débouclage du carry trade ; il risque y avoir certains qui perdent pour de bon.

La Chine et le Japon sont ennemis depuis les temps les plus reculés. La guerre sino-japonaise de 1895 et la défaite qui en a résulté pour la Chine est toujours ressentie comme une humiliation. Taïwan fut alors cédée aux Japonais, avec le même enthousiasme que la France a cédé l’Alsace-Lorraine à l’Allemagne. La Chine est parvenue à se réunifier sous Tchang Kaï Chek au début du 20e siècle. La guerre de 39-45 a de nouveau vu le Japon envahir la Chine et s’est terminée par la restitution de Taïwan à la défaite du Japon en 45. Mais en 49, seule Taïwan a réussi à échapper à la révolution maoïste et Tchang Kaï Chek s’y est réfugié. Chine capitaliste à Taïwan, communiste à Pékin. Une distinction qui a de moins en moins de sens, mais encore un peu. Le “un pays, deux systèmes” correspond plus à la fin des concessions (comptoirs coloniaux) de Hong Kong et Macao. Entre Taïwan et la Chine, nous avons plutôt “une culture, deux pays”.

Comme je le disais, les Chinois ne sont pas pressés, ils considèrent que la réunification finira bien par avoir lieu quand les deux pays y seront prêts. En revanche, ils voient d’un très mauvais oeil le Japon (et d’autres) essayer de jouer de son influence pour monter Taïwan contre cette réunification.

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